Deux livres, chroniqués dans Libération de ce WE et dont la lecture est plus que recommandée, nous incitent à réfléchir sur ce que sont nos sociétés des écrans, ces sociétés hypernumériques qui transforment non seulement nos façons d’agir, mais également nos façons de penser.
Réflexions passionnantes et complexes s’il en est : il est en effet probable que le numérique est en train de faire naître sous nos yeux une civilisation radicalement différente de celle issue de l’imprimerie et du pétrole. Société horizontale, plate, e-mediate, mais aussi société poly-fracturée : entre les “nativement digitaux” et les autres, entre ceux qui ont accès pour leur travail ou leurs loisirs au numérique et les autres, entre les pays riches et les autres, entre les villes et les campagnes, …Société de croissance et de conquête, société des nouveaux possibles, société de l’adaptation permanente. Quand tous les codes sont à réinventer, difficile d’avoir des certitudes.
Mais en tout cas, ces deux ouvrages permettent au moins de chercher à s’y retrouver alors que, telle Chronos, la révolution numérique pour exister est appelée à sans cesse se dépasser elle-même. Au risque, comment le rappellent les auteurs, de parfois oublier ses finalités. Et pourtant ce sont elles qui comptent : il n’y a pas d’avenir pour le progrès technologique quand il devient une fin et perd son statut de moyen.